Le 9 juin prochain, les élections européennes risquent d’envoyer au Parlement européen une délégation inédite de parlementaires français issus de l’extrême-droite. Au score déjà très important prêté dans les sondages à la liste du Rassemblement national s’ajoute le score de Reconquête, ces deux listes d’extrême-droite dépassant nettement les 35% dans les intentions de vote.
Cette force de l’extrême-droite est la promesse d’une libération supplémentaire de la parole raciste. D’ailleurs, hier, lors d’un rassemblement à Marseille, Jean Messiha, candidat Reconquête aux européennes, a tenu les propos suivants : « Vous êtes sommés de croire que Mokhtar Ben Couscous, arrivé avant-hier en France, doit être considéré comme français. » Ces propos dénigrants et excluants se sont poursuivis dans l’évocation d’un péril migratoire (ces individus arriveraient par « millions ») porté par des personnages arriérés (puisqu’ils seraient des « polygames du VIIIème siècle »).
Au-delà de la portée délictuelle des propos que nous faisons étudier par nos avocats, ces propos illustrent ce que la montée électorale de l’extrême-droite autorise la violence raciste dans le discours public. Que cette violence soit ouvertement exprimée (à Reconquête) ou plus ou moins camouflée (au RN, où le racisme se retrouve fréquemment dans les propositions, les élus ou les candidats), ce racisme est la marque de fabrique de l’extrême-droite dans ses différentes composantes. A cet égard, Jean Messiha, passé du RN à reconquête, est le trait d’union bouffon entre ces deux segments de l’extrême-droite.
Pour Dominique Sopo, président de SOS Racisme, « il est également important d’attirer l’attention sur la responsabilité d’une partie des médias dans la montée de cette parole. En effet, aux médias ouvertement d’extrême-droite qui ont fait du racisme leur marque de fabrique s’ajoute la partie substantielle des médias qui a fortement marginalisé sinon disqualifié la parole antiraciste ces dernières années, faisant à l’occasion mine de réagir aux propos de Zemmour pour mieux se montrer patelins devant les sorties d’un RN dont de futures victoires seraient anticipées sinon souhaitées. »
Messiha, Odoul, Zemmour, Le Pen, Maréchal, Bardella, Reconquête, RN… : aucun racisme – subliminal ou assumé – n’est tolérable.