Marguerite Stern et Erik Tegner jugés pour injures publiques racistes pour des propos diffusés sur le média d’extrême droite Frontières : Retour sur l’audience le 9 juillet à 13h30 au Tribunal judiciaire de Paris.

Le 9 juillet à 13h30 s’est tenue, devant la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris, l’audience de plaidoirie dans l’affaire visant Marguerite STERN et Erik TEGNER, militants identitaires poursuivis pour injures publiques à caractère raciste à la suite de la diffusion d’une vidéo le 16 juillet 2023 sur la chaîne YouTube du média d’extrême droite FRONTIÈRES.

 Dans cette vidéo, Madame STERN profère des propos racistes et avilissants à l’encontre des personnes issues de l’immigration, en particulier d’origine africaine ou maghrébine. Elle y suggère un lien causal entre « la nature » de ces hommes et des comportements agressifs à l’égard des femmes. Elle impute ainsi « l’insécurité à Barbès » ou « dans les quartiers » à une supposée « surreprésentation d’hommes d’origine africaine ou maghrébine », affirmant que ces derniers seraient, « proportionnellement », plus enclins aux agressions sexuelles que les « Français de culture française ».

 Ces propos, qui relèvent sans ambiguïté du champ de l’injure raciste, s’inscrivent dans une rhétorique ressuscitant un racisme biologique.

Exclu de LR pour ses positions favorables à une union avec l’extrême droite, Erik TEGNER a transformé sa chaîne FRONTIÈRES en plateforme de diffusion d’un nationalisme racial décomplexé, relayant les figures les plus radicales de l’extrême droite française, de Marion Maréchal à feu Jean-Marie Le Pen en passant par les activistes identitaires.

Marguerite STERN, reconvertie en figure de proue d’un « féminisme identitaire » et « femelliste », en rupture avec le mouvement féministe depuis ses positions ouvertement transphobes, multiplie désormais les interventions dans des cercles réactionnaires et anti-égalitaires, allant jusqu’à s’afficher aux côtés du parti Reconquête ! d’Éric Zemmour ou du collectif d’extrême droite Némésis. Son combat prétendument féministe est devenu le cheval de Troie d’une haine ethnicisée, essentialisant les hommes issus de l’immigration tout en prônant un repli civilisationnel.

 Dans ce contexte, SOS Racisme a porté plainte en août 2023 et s’est constituée partie civile dans ce dossier pour rappeler que la liberté d’expression ne saurait, en aucun cas, être instrumentalisée pour légitimer ou propager des propos racistes.

 Marguerite STERN et Erik TEGNER se sont engagés, depuis la mise en cause de leurs propos, dans une stratégie de victimisation. Se présentant comme les cibles d’un supposé « harcèlement judiciaire » de la part de SOS Racisme, tous deux ont diffusé de nombreuses publications sur les réseaux sociaux pour revendiquer et réitérer leurs propos tout en mobilisant leurs soutiens à travers des appels à financement. Marguerite STERN a ainsi lancé une cagnotte qui a récolté près de 26 000 euros, justifiant ses déclarations par une prétendue objectivité statistique fondée sur des publications d’influenceurs d’extrême droite, dont elle relayait les visuels pour leur donner une apparence de légitimité scientifique. Erik TEGNER adoptait une démarche comparable, dénonçant une « procédure bâillon » initiée par « l’extrême gauche » dans le but de solliciter lui aussi des dons. Cette rhétorique, classique au sein des cercles identitaires, vise à disqualifier toute réponse judiciaire aux discours de haine en la présentant comme une atteinte à la liberté d’expression alors qu’il s’agit, en réalité, de la réponse légitime d’un État de droit à des injures publiques à caractère raciste.

Lors de l’audience, Marguerite STERN a assumé pleinement ses propos, déclarant qu’il était légitime, au nom de sa liberté d’expression, de s’interroger sur des facteurs génétiques expliquant la violence, en particulier sexuelle, des hommes d’origine africaine ou moyen-orientale. Une ligne de défense qui s’inscrit dans la tradition des théories racialistes, invoquant sans détour l’idée d’une hiérarchie entre groupes humains fondée sur des critères biologiques.

 Le procureur de la République a requis une peine de deux mois d’emprisonnement avec sursis à l’encontre de Marguerite STERN comme d’Erik TEGNER. SOS Racisme juge ces réquisitions insuffisantes au regard de la gravité des propos tenus et de l’attitude de la prévenue lors de l’audience. En persistant, dans une perspective raciale, à laisser entendre que certains hommes seraient génétiquement davantage enclins à la violence que d’autres, Marguerite STERN ne fait que recycler, sous des dehors pseudo-intellectuels et en osant invoquer lors de l’audience la transmission héréditaire des traits moraux dans Les Rougon-Macquart d’Emile Zola, des concepts issus du racisme biologique. Profitant de cette audience pour pousser plus loin encore la banalisation des discours haineux, l’intéressée a affirmé qu’ignorer un lien entre immigration et agressions reviendrait à « renoncer à soi-même » ou à une qualité de victime qu’elle a mis en avant à plusieurs reprises à la barre en usant à cette fin d’un récit personnel flou centré sur son vécu dans le quartier de Barbès — quartier qu’elle a, dans un propos aux relents ethnicisants, désigné comme l’exemple-type d’« enclave » étrangère sur le sol français.

Dans un effort apparent pour se prémunir de toute critique, Marguerite STERN a mentionné une amie marocaine comme caution morale de ses propos.

Le délibéré aura lieu le 9 octobre prochain.

SOS Racisme – représentée à l’audience par Dominique SOPO, président de l’association, et par Maître Bérénice HAHN DE BYKHOVETZ – appelle la juridiction à envoyer un signal clair. L’injure publique à caractère raciste, même déguisée sous les apparences du féminisme ou de la critique sociale, reste un délit qui appelle une condamnation dont nous espérons qu’elle sera prononcée lors du délibéré qui aura lieu le 9 octobre prochain.

« les propos de Marguerite STERN, par leur obsession raciste, participent de la dégradation du débat public et contribuent à la multiplication des passages à l’acte en leur offrant une raison de se déployer. Les mots de Marguerite STERN ne sont donc pas simplement désagréables à entendre. Ils appartiennent à cette myriade de propos racistes qui, tous, portent en eux la promesse d’un crime. »

Dominique SOPO

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