Le samedi 26 avril, un terrible incendie a ravagé un domicile à Brumath en Alsace. Une famille turque a vu 3 de ses filles périr. Alors que la famille effondrée se trouvait à l’hôpital universitaire de Strasbourg et espérait encore qu’une des fillettes allait survivre, un soignant, à la vue des femmes voilées de la famille, s’est écrié sur leur passage: « Il y a une mosquée ici ou quoi? »
Il faut se réjouir qu’une enquête administrative ait été ouverte et que la maire de Strasbourg, présidente du conseil de surveillance des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, ait tenu des propos fermes.
Mais cette séquence montre quel est le quotidien oppressant de trop de musulmanes et de musulmans dans notre pays. A cet égard, comment ne pas voir d’un côté le lien entre les polémiques incessantes sur le voile impulsées par des parlementaires et des ministres et, d’un autre côté, les agressions verbales et physiques subies par lesdites femmes ? Comment un professionnel exerçant dans un milieu hospitalier peut se permettre une telle vilenie si ce n’est parce qu’il s’y sent autorisé par l’ambiance d’excitation malveillante envers les musulmanes et les musulmans ?
Bien évidemment, ces excitations portées dans le débat public ne concernent pas que les personnes de culture ou de confession musulmane sur la stigmatisation desquelles l’assassinat d’Aboubakar Cissé a jeté une lumière crue après des années de déni et d’aveuglement. Les Juifs – à l’exemple de Jérôme Guedj – agressés dans des manifs ou démoniser, les immigrés et leurs enfants insultés quotidiennement sur des chaînes d’info, les binationaux pointés du doigt comme de potentielles 5èmes colonnes dans le programme du RN… La liste serait longue des haines qui se déchaînent contre tel ou tel groupe que l’Histoire et le présent se plaisent à ériger en figures du bouc émissaire.
Mais elles ont un point commun : la haine de l’Autre. Et elles ont toutes les mêmes effets : le délitement des solidarités et du lien social, terreau fertile au développement du fascisme.
Il n’est pas trop tard pour se réveiller mais l’horloge tourne. Pour SOS Racisme, dans ce paysage désolant, nous continuons à marteler nos principes – ceux de l’égalité et de la fraternité – et notre approche qui cultive la nécessaire « solidarité des ébranlés ».
A celles et ceux qui lisent ce communiqué, nous disons ici ce qui est pour nous une évidence : nous avons besoin de vos énergies, de vos volontés d’engagement, de vos contacts, de vos réseaux et de vos cerveaux pour mener la bataille de l’antiracisme en chaque point du territoire.