« Entre Israël et le Hamas, la paix à tombeau ouvert », par Dominique Sopo.

Maintenant que les armes se sont tues, au moins provisoirement, à Gaza, il est temps pour les Israéliens et les Palestiniens de s’interroger sur les moyens de sortir enfin de la spirale de violence qui les oppose. Quant aux pays occidentaux, ils seraient bien avisés de méditer aussi sur leurs réactions à cette crise, écrit le président de l’association française SOS Racisme.

­Depuis quelques heures, une trêve entre Israël et le Hamas a mis provisoirement un terme à l’enfer vécu par les Palestiniens à Gaza depuis 15 mois de bombardements dévastateurs. Cette trêve permet également la libération d’otages capturés par le Hamas lors de sa sanglante attaque terroriste commise le 7 octobre 2023 en Israël.

Bien évidemment, ce qui prime en premier, c’est le soulagement de voir les armes se taire, les compteurs macabres du nombre de morts à Gaza cesser de gonfler jour après jour, des familles d’Israël et d’ailleurs retrouver l’un ou plusieurs des leurs détenus par le Hamas depuis plus d’un an, des familles palestiniennes retrouver l’un ou plusieurs des leurs détenus dans les prisons israéliennes et qui, quoi qu’en disent celles et ceux qui sont prompts à les qualifier en bloc de « terroristes », n’avaient pour certains d’entre eux rien à faire en prison.

Alors que ce qui se déroule sous nos yeux correspond aux grandes lignes du plan élaboré par Biden en mai dernier, on ne peut que méditer sur ces 8 mois de bombardements supplémentaires perpétrés par l’armée israélienne et sur ces 8 mois de souffrances supplémentaires pour les otages.

De même, on ne peut que méditer sur le bilan effroyable de cette séquence du long conflit israélo-palestinien ouverte par le 7 octobre 2023 : une attaque inédite du Hamas qui a causé la mort de 1200 personnes en Israël, des représailles israéliennes insensées qui ont dévasté Gaza et ôté la vie à plusieurs dizaines de milliers des habitants de ce territoire.

Sur la base de ce bilan qu’il faudrait notamment compléter par l’accentuation de la colonisation en Cisjordanie, par le calvaire subi par de nombreux otages ou par la quasi-famine qui a frappé Gaza par la volonté évidente du gouvernement d’extrême-droite dirigé par Netanyahu, on ne peut que méditer sur le fait que ce sont les civils qui ont payé l’essentiel du tribut de cette longue phase sanglante.

On ne peut que méditer sur le discrédit moral dans lequel Netanyahu, inculpé par la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l’Humanité, a entraîné son pays qui, naguère, s’enorgueillissait de la supériorité morale que lui conférait son statut d’Etat de droit au sein d’une région aux régimes fort peu démocratiques.

On ne peut que méditer sur la somme de traumatismes, de haines et de volonté de vengeances que cette séquence a produite et produira.

On ne peut que méditer sur l’incapacité qu’ont eu de nombreux acteurs, dans notre pays et ailleurs, à exprimer de l’empathie pour les victimes du 7 octobre 2023, à qualifier négativement le Hamas (dont le projet est de mettre en œuvre un projet théocratique et de détruire Israël…) et à exprimer le moindre soutien aux Français juifs saisis par la montée des actes antisémites.

On ne peut que méditer sur l’incapacité qu’ont eu de non moins nombreux acteurs dans notre pays et ailleurs à exprimer de l’empathie pour les victimes civiles gazaouies, à base de racisme mal camouflé et d’ergotages sur le nombre réel de victimes des bombardements de Tsahal.

Ayant la chance de ne pas être plongés dans le chaudron de la peur, de la mort, des passions et des haines qu’est devenue cette région ces derniers mois, nous avons la responsabilité d’œuvrer à la paix, à la justice et au dialogue. Et non d’ajouter une couche de haine – sur fond de racisme antiarabe ou d’antisémitisme – aux haines qui consument les corps et les esprits là-bas.

Alors que les armes se sont tues pendant une phase qui doit durer 42 jours, nous ne pouvons qu’espérer qu’un processus politique permettra enfin de faire émerger un Etat palestinien aux côtés d’un Etat d’Israël universellement reconnu.

Pour cela, espérons que les acteurs de ce drame seront écartés de la scène : l’extrême-droite israélienne évidemment qui n’a à offrir aux Palestiniens que la haine, le mépris et le suprémacisme juif. Mais également le Hamas – autre forme d’extrême-droite – qui a pour point commun avec l’extrême-droite israélienne de penser que la solution au conflit ne passe pas par le partage de la terre mais par l’éradication de la partie adverse.

Pour les Palestiniens, une question stratégique mais néanmoins existentielle se pose : comment faire émerger un leadership en situation de mener la lutte nationaliste et de se présenter comme l’interlocuteur de futures négociations ?

Pour les Israéliens, une réflexion éthique et donc nécessairement existentielle se pose : quelle responsabilité découle de la supériorité militaire d’Israël qui, agie par l’extrême-droite, a conduit à une destruction de vies civiles dans des proportions qui nous éloignent de toute justification par les inévitables « dommages collatéraux » de la guerre ? Partant, que faire de cette supériorité : en faire une fin en soi ou, dans une perspective politique depuis trop longtemps tuée par Netanyahu, en faire une force dans la négociation avec les Palestiniens ?

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