Délibéré dans le dossier des policiers de la BRAV-M : condamnations à des peines d’emprisonnement avec sursis et interdictions d’exercer. 

SOS Racisme salue ces condamnations bienvenues mais déplore les relaxes et l’aveuglement judiciaire sur le caractère raciste des violences 

Ce jeudi 10 juillet 2025, le Tribunal judiciaire de Bobigny a rendu son jugement dans l’affaire mettant en cause des policiers de la BRAV-M poursuivis pour des faits d’une extrême gravité survenus en mars 2023 en marge des mobilisations contre la réforme des retraites. Souleymane, 23 ans, et une jeune femme de 22 ans, avaient été victimes de violences physiques et verbales au cours d’un contrôle violent et humiliant.

 L’enquête, appuyée par un enregistrement vocal devenu public, avait révélé des faits accablants : Souleymane a subi des balayettes et a été frappé au visage à deux reprises, alors qu’il n’opposait aucune résistance. Il a également essuyé des propos racistes pendant près de vingt minutes : « je suçais de l’argile toute la journée [dans le pays d’origine du jeune homme] », « « tu viens d’où ? […] il s’est accroché sur l’aile de l’avion », ou encore des menaces d’expulsion à répétition — autant de propos qui ne laissent aucun doute sur l’imprégnation raciste des violences subies.

Malgré cela, sur les 10 policiers poursuivis, 7 ont été relaxés, y compris ceux ayant tenu les propos les plus ignobles. Seuls trois ont été condamnés :

L’agent lui ayant assené les coups a été reconnu coupable de violences physiques et verbales aggravées. Il a écopé de 12 mois d’emprisonnement avec sursis, d’une interdiction d’exercer de 2 ans et d’une amende de 450 € ; 

un autre agent, reconnu coupable de violences verbales et menaces aggravées a été condamné à 8 mois d’emprisonnement avec sursis, à une interdiction d’exercer de 12 mois et à 450 € d’amende ;

le troisième agent, qui avait tenu des menaces de violence et de reconduite à la frontière (« SOULEYMAN il va aller en gardav’ et demain matin il va sortir avec une OQTF » ; « Ouais 6 mois c’est bien, et une OQTF ») s’est vu infliger une amende de 2.000 € pour des violences verbales aggravées. 

Alors même que les propos tenus sont explicitement racistes, la juridiction a fait le choix de ne pas qualifier ces faits en conséquence. Cela constitue à nos yeux une erreur grave. À force d’invisibiliser la dimension raciste de certains actes policiers, on entretient un climat d’impunité et de défiance vis-à-vis des institutions.

Ces propos ne relèvent ni de la « maladresse », ni de la « fatigue » des forces de l’ordre comme il a été avancé par les prévenus et leurs conseils. Ils s’inscrivent dans une logique profondément discriminatoire et humiliante, dans la lignée d’une politique de maintien de l’ordre public qui aboutit à ces situations.

Nous saluons les interdictions d’exercer prononcées, mais le refus persistant de nommer le racisme là où il s’exprime participe d’une culture du déni. Ce silence judiciaire, dans une affaire aussi emblématique, envoie un signal extrêmement préoccupant : on peut proférer des injures racistes en uniforme sans que la justice ne les qualifie comme telles.

Découvrir nos autres
actualités

De l’incarnation de la liberté aux condamnations pour racisme : les deux vies de Brigitte Bardot.

Brigitte Bardot n’est plus. A l’âge de 91 ans, celle qui fut une icône du cinéma français et même du cinéma mondial est décédée. Au milieu des louanges qui affluent et qui se fondent d’ailleurs sur une carrière cinématographique riche

Sydney : une tuerie antisémite et un héros nommé Ahmed

A Sydney, le bilan de la fusillade qui a visé des Juifs réunis pour la célébration de Hanoukka s’est alourdi. Il y aurait 15 morts et des dizaines de blessés. Derrière ces chiffres macabres, chaque vie qui s’est arrêtée semble

Né-es ici ou venu-es d’ailleurs : pour une France de liberté, d’égalité et de solidarité

Restrictions drastiques des conditions d’accueil pour les demandeurs d’asile, refus de régularisation, refus de premier titre de séjour, refus de renouvellement de titre de séjour, remise en cause des APL pour les étudiant-es étranger-es, obligations de quitter le territoire français

Harcèlement raciste à l’école : l’affaire Thays révèle les angles morts d’une institution incapable de se regarder en face

SOS Racisme tient d’abord à exprimer son soutien à Thays. Aujourd’hui âgé de 15 ans, Thays a été victime d’un harcèlement raciste. Nous pensons à lui et à sa famille qui ont dû affronter pendant des années une solitude indigne