Crimes racistes : demandons aux politiques et aux médias de cesser de diffuser la haine !

Les logorrhées xénophobes ? Banales. Quotidiennes.
Dans les médias, sur les réseaux sociaux, dans l’Hémicycle.
Des paroles de haine décrivant les étrangers comme responsables de l’insécurité ? Banales. Quotidiennes.
Des envolées contre les musulmans considérés comme des extrémistes affirmés ou en devenir ? Banales. Quotidiennes.
Des affirmations présentant les étrangers comme les profiteurs de notre système de protection sociale ? Banales. Quotidiennes.
Des séquences expliquant que les Français d’origine maghrébine ou subsaharienne représentent un danger civilisationnel ? Banales. Quotidiennes.

Et, dans le sillage de ce flot de paroles haineuses, des crimes de sang. Sans surprise. Car toute parole de haine raciste – qu’elle exclue sa cible du genre humain ou qu’elle la transforme en bouc émissaire – porte en elle la promesse d’un crime. 

Il faut résolument prendre la mesure des moments que nous vivons. Après une spectaculaire augmentation des paroles de stigmatisation à l’endroit des étrangers, des enfants d’immigrés et des musulmans, la France vit ces derniers mois le retour des crimes racistes.

Il y a quelques jours, un attentat raciste a coûté la vie à Hichem Miraoui à Puget-sur-Argens tandis que deux Kurdes ont échappé de peu au même destin.

En avril dernier, Aboubakar Cissé a été mortellement frappé dans la mosquée de La Grand-Combe dans le cadre d’un assassinat islamophobe.

Le 31 août de l’année dernière, Djamel Bendjaballah a été tué près de Dunkerque par un individu qui le poursuivait depuis plusieurs mois de sa haine des Arabes et des musulmans.

Ces vies ôtées ne sont pas le fruit de coups de tonnerre dans un ciel bleu. Elles sont le fruit de la boue de haine raciste qui se déverse de façon de plus en plus ouverte dans le débat public.

Phénomène dont la France n’a d’ailleurs pas le monopole, cette parole raciste décomplexée et insuffisamment punie est elle-même le résultat d’une offensive politique et culturelle d’une extrême droite dont le vaisseau amiral reste le Rassemblement national. Le meurtrier d’Hichem Miraoui a d’ailleurs été clair dans la revendication de son crime raciste : il a souhaité voir le RN accéder au pouvoir pour mettre en œuvre sa politique d’obsession identitaire.

Il n’est plus possible de détourner le regard. Avec ou sans cravate, l’extrême droite n’est jamais respectable. Les paroles de haine, de racisme, d’antisémitisme qui en émanent doivent être combattues pied à pied.

Face à cette situation intolérable, nous, responsables associatifs, syndicalistes, universitaires, artistes, citoyens, lançons un message de fermeté à l’endroit des responsables politiques qui se réclament – avec quelque vraisemblance – de l’adhésion aux principes de la République : il est temps d’assumer vos responsabilités et de cesser de participer à la dégradation du débat public à laquelle bien trop d’entre vous participez en courant derrière une extrême droite que vous devriez combattre.

Il est temps de cesser de jeter dans l’arène parlementaire ces projets et propositions de lois à répétition qui abaissent les droits et maintiennent un débat d’excitation malsaine et haineuse à l’endroit des étrangers, des enfants d’immigrés et des musulmans. D’autant que la complaisance face au racisme et à l’extrême droite est davantage qu’une complaisance : elle est une complicité qui contribue à banaliser ces fléaux et à ainsi nourrir un climat de discriminations et de violences.

Nous exhortons l’Etat à user de toute son autorité pour réaffirmer les principes républicains partout, pour toutes et pour tous, quelles que soient les religions, couleurs de peau, nationalité ou origine.

Nous demandons à cet égard que la lutte contre le racisme et contre l’antisémitisme soit réellement portée, avec les réformes législatives nécessaires, des politiques publiques adaptées et des moyens à la hauteur des ambitions de cette lutte.

Nous demandons aux journalistes et aux médias de mesurer leur responsabilité dans l’évolution du traitement de ces questions depuis les lendemains de l’accès de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Car, au-delà des médias dédiés à la haine raciste, bien des espaces médiatiques ont contribué à banaliser le RN tout en réduisant à néant l’expression de paroles antiracistes.

Enfin, nous appelons les citoyennes et les citoyens qui se reconnaissent dans notre appel à se mobiliser massivement. Face au feu roulant du racisme, nous avons la responsabilité d’opposer une force antiraciste supérieure en nous tenant fort loin des concurrences victimaires qui risquent de toutes et tous nous emporter. Alors, malgré la peur, la sidération ou la résignation qui pourraient nous gagner, il est temps de ne plus rien laisser passer. Dans nos quartiers, dans nos villes ou dans notre pays. Dans la rue ou sur les réseaux sociaux. Face à des responsables politiques ou en présence de nos amis.

Assez des meurtres qui frappent les musulmans et les Arabes.
Assez des ratonnades qui se multiplient.
Assez des manifestants qui défilent dans nos villes avec des symboles nazis.
Assez des agressions de rabbins et de personnes juives.
Assez des paroles de haine qui envahissent l’espace public.

C’est en étant animés par les principes d’égalité et de fraternité, en nous mettant en mouvement et en retrouvant le goût des mobilisations collectives que nous stopperons le souffle de la haine. Et ceci au profit du souffle d’humanisme qui doit redevenir la boussole de notre société.

Premiers signataires :

Dominique Sopo (SOS Racisme) • Marijosé Alie (journaliste, musicienne et écrivaine) • Rachid Arhab (Liik) • Hanna Assouline (Guerrières de la Paix) • Josiane Balasko (actrice) • Nicolas Bancel (historien à l’Université de Lausanne) • Vincent Beaugrand (France terre d’asile) • Emmanuel Bellanger (historien) Nadia Bendjaballah et Nassim Bourzoufi (Justice pour Djamel) • Jean Benguigui (comédien) • Jocelyne Béroard (auteure-compositrice-interprète) • Magali Bessone (professeure) • Sophie Binet (CGT) • Pascal Blanchard (historien) • Claude Boli (historien) • Joëlle Bordet (chercheuse psychosociologue) • Julia Cagé (économiste) • Audrey Célestine (politiste) • Mickaël Chelal (sociologue) • Caroline Chevé (Fsu – Engagé-es au quotidien) • Catherine Coquery-Vidrovitch (professeure Paris-Diderot) • Philippe Corcuff (Sciences-Po Lyon) • Harlem Désir (ancien président de SOS Racisme) • Fatou Diome (écrivain) • Toumi Djaïdja (initiateur de la Marche pour l’égalité de 1983) • Hermann Ebongue (Sportitude France) • Yekbun Eksen (CDKF) • Laurent Escure (UNSA) • Ahouefa Fagbemi (Cité des Chances) • Julie Ferrua (Solidaires) • Kaltoum Gachi (MRAP) • Greg Germain (acteur et réalisateur) • Michaël Ghnassia (avocat) • Emmanuel Gordien (Comité Marche du 23 mai 1998) • Murielle Guilbert (Union Syndicale Solidaires) • Mimouna Hadjam (Africa 93) • Chems-Eddine Hafiz (recteur de la Grande Mosquée de Paris) • Hania Hamidi (UNEF le syndicat étudiant) • Sacha Halgand et Romain Montbeyre-Soussand (Salam Shalom Salut) • Jonathan Hayoun (réalisateur et scénariste) • Pierre Henry (France Fraternités) • Albert Herszkowicz (RAAR) • Kamel Jendoubi (ancien ministre, président du CRLDHT) • M’hamed Kaki (Les Oranges) • Patrick Klugman (avocat) • Marcel Kabanda (Ibuka France Mémoire) • Laurent Joly (CNRS) • Hélène Lacassagne (Ligue de l’enseignement) • Mehdi Lallaoui (réalisateur) • Maud Le Pladec (chorégraphe) • Yannick L’Horty (économiste) • Sandrine Lemaire (historienne) • Marylise Léon (CFDT) • Lorenzo Leschi (collectif Golem) • Ben-J Loubayi (artiste) • Jean-Baptiste Lucien (comédien et réalisateur) • Jacky Mamou (collectif Urgence Darfour) • Gilles Manceron (historien) • Henry Masson (la Cimade) • Marie-Anne Matard-Bonucci (historienne) • Frédérique Matonti (politiste) • Sohée Monthieux (artiste) • Paul-Max Morin (politiste) • Catherine Nave-Bekhti (CFDT) • Maëlle Nizan (Fage) • Mohamed Oussekine (frère de Malik Oussekine) • Jonas Pardo (formateur antiraciste) • Thomas Piketty (économiste) • Clément Reversé (maître de conférences en sociologie) • Firmine Richard (comédienne) • Sébastien Roché (CNRS) • Viviane Rolle-Romana (ethnopsychologue et directrice de La case des femmes) • Serge Romana (professeur de médecine, généticien) • Alain Ruscio (historien) • Daniel Sabbagh (politiste) • Réjane Sénac (politologue) • Haoues Seniguer (Sciences-Po Lyon) • Nour-Eddine Skiker (Jalons pour la Paix) • Smaïn (humoriste et comédien) • Benjamin Stora (historien) • Nathalie Tehio (LDH) • Sylvie Thénault (historienne) • Vincent Tiberj (sociologue, politiste) • Ara Toranian (CCAF) • Jacques Toubon (ancien Défenseur des droits) • Guillaume Traynard (avocat) • Agnès van Zanten (sociologue) • Aurélie Van Den Daele (metteuse en scène) • Thomas Venet (sociologue) • Sophie Vénétitay (SNES-FSU) • Michel Wieviorka (sociologue) • Youlie Yamamoto (Attac France) • Valerie Zenatti (écrivaine). 

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