Le lundi 12 mai, Mehdi S. a comparu devant la 8e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Lyon pour avoir violemment agressé Marc B. à Villeurbanne le 8 mars dernier. SOS Racisme s’est constitué partie civile dans ce dossier dans lequel apparaît une circonstance aggravante de racisme. À l’issue de l’audience, le prévenu a été condamné à trois ans d’emprisonnement, avec maintien en détention.
Après un banal accrochage de voiture, la victime, poursuivie dans un parc, a été frappée au sol à l’aide d’un rétroviseur cassé, puis rouée de coups. Cette agression a entraîné une incapacité totale de travail de 45 jours. Au cours de l’attaque, l’agresseur a proféré des insultes clairement antisémites : « sale juif », « sale sioniste, t’as fait des massacres à Gaza ». Il n’y avait aucun doute sur le fait que cet acte de violence a été commis en raison de la judéité de la victime.
Ces mots, tristement connus des tribunaux, relèvent d’un mécanisme désormais bien documenté qui amalgame les Juifs, le sionisme et la politique du gouvernement israélien d’extrême-droite. Cette rhétorique dite « anti-sioniste », quand elle est utilisée pour justifier un passage à l’acte, fonctionne comme une stratégie d’inversion : travestir une haine antisémite en contestation politique.
Le 8 avril 2025, le tribunal judiciaire de Paris l’a d’ailleurs rappelé, en condamnant Warda Anwar pour provocation à la haine après des propos visant les Juifs sous couvert d’attaques contre les « sionistes ». Le jugement a démontré que cette confusion alimentait une hostilité générale à l’encontre des Juifs, même en l’absence d’un appel explicite à la violence.
Pourquoi l’insulte « sale sioniste » est-elle aujourd’hui une forme d’antisémitisme ?
Dans les faits, le terme « sioniste » utilisé comme une insulte vise presque exclusivement des personnes juives, indépendamment de leurs opinions politiques. On les réduit à une affiliation qu’on leur prête sur la base de leur identité, sans tenir compte de leurs positions réelles..
Par ailleurs, parmi ceux qui se définissent comme « sionistes » (favorables à l’existence de l’État d’Israël), on trouve des militants engagés pour la cause palestinienne et radicalement opposés à Netanyahu et sa politique, tant en Israël qu’à l’international. Ainsi, un élu de gauche comme Jérôme Guedj, engagé pour la paix et la création d’un État palestinien, est violemment pris pour cible en se faisant régulièrement traiter de “sale sioniste” alors qu’un responsable politique comme Éric Ciotti, pourtant ouvertement aligné sur la politique de Benyamin Nétanyahou, ne l’est jamais.
En France, cette ambiguïté a déjà été largement exploitée par des figures comme Alain Soral et Dieudonné qui ont fait de “l’antisionisme” un masque pour diffuser des discours antisémites. Ainsi, le terme « sioniste » est utilisé pour diaboliser les Juifs, quel que soit le regard que ces derniers portent individuellement sur la situation au Proche-Orient. Ce dangereux raccourci libère à leur encontre une haine qui se traduit en agressions verbales et physiques. Cette injure sert aussi à stigmatiser plus largement ceux qui expriment de la compassion envers les victimes du Hamas lors de l’attaque du 7 octobre 2023.
Que tous ceux qui alimentent cette confusion en essentialisant systématiquement les Juifs à des sionistes, et tous les sionistes aux agissements criminels du gouvernement d’extrême droite, dirigé par Netanyahou, soient mis face à leur responsabilité. Car, comme dans tout mécanisme raciste, ce sont les discours et les mots qui arment ceux qui commettent des actes de violence.