Les 26 et 27 mars, une conférence internationale contre l’antisémitisme se tiendra à Jérusalem sous l’égide du ministre israélien de la Diaspora, Amichaï Chikli, membre du Likoud. Cet événement marque une étape préoccupante dans l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme. En effet, ce rassemblement offre une tribune à des figures de l’extrême droite européenne issues du Fidesz (Hongrie), de Vox (Espagne), des Démocrates de Suède mais également du FN/RN et de ses alliés.
La présence à cette conférence de telles figures – parmi lesquelles Jordan Bardella, président du RN, et Marion Maréchal, ex-zemmouriste et revenue dans le giron du RN – s’inscrit dans une double stratégie.
Il s’agit tout d’abord de la recherche de respectablité d’une extrême droite française qui veut depuis plusieurs années dissiper les accusations d’antisémitisme. Rappelons à cet égard que le FN/RN a été fondé par des personnalités issues du nazisme et de la Collaboration. Quant à son actualité, elle n’est pas moins éloquente pusique, encore lors des élections législatives de 2024, ce parti a présenté de nombreux candidats foncièrement antisémites et négationnistes tandis que Jordan Bardella expliquait naguère que Jean-Marie Le Pen n’était pas antisémite. Marion Maréchal a, quant à elle, entretenu des liens avec des militants néonazis du GUD, se photographiant avec plusieurs d’entre eux.
Il s’agit ensuite de venir « communier » avec Netanyahu et son gouvernement d’extrême-droite dans la haine des Arabo-musulmans, en la camouflant derrière une lutte contre l’antisémitisme qui ne vise pas à protéger les Juifs mais à ajouter une couche de haine à l’endroit desdits Arabo-musulmans.
L’Histoire montre que l’extrême droite européenne a été l’un des principaux vecteurs de l’antisémitisme qu’elle a nourri jusqu’à un point que bien peu auraient pu imaginer : la destruction de près de 6 millions de Juifs pendant la Seconde guerre mondiale, avec la complicité de futurs fondateurs du FN/RN.
L’invitation lancée à Jordan Bardella et à Marion Maréchal constitue une manœuvre qui ne peut duper personne. Et certainement pas celles et ceux qui luttent sincèrement contre le racisme et l’antisémitisme et qui n’oublieront jamais l’Histoire.
Nous rappelons que cette invitation n’engage que le gouvernement israélien d’extrême droite, animé par un agenda antiarabe assumé à l’égard des Palestiniens ainsi, pour Netanyahu, par la nécessité d’élargir ses soutiens après qu’il a contribué à placer Israël dans une situation diplomatique délicate dans de nombreuses régions du monde et après avoir ordonné ou couvert de très graves exactions à Gaza qui lui valent aujourd’hui d’être sous le coup d’un mandat d’arrêt de la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l’Humanité.
En offrant une tribune à des figures européennes d’extrême droite issues de partis connus pour leur idéologie, sorties ou élus racistes et antisémites, l’extrême-droite israélienne affaiblit la lutte contre l’antisémitisme dont souffrent trop de Juifs en Europe.
Antiracistes, nous continuerons à mener la lutte contre l’antisémitisme et oeuvrerons pour qu’elle ne soit pas dévoyée au profit de la réhabilitation d’idéologies racistes et xénophobes.
Pour Dominique Sopo, président de SOS Racisme, « l’invitation de Bardella et de nombreuses figures de l’extrême droite à Jérusalem pour parler de lutte contre l’antisémitisme n’est pas en soi une surprise même si elle a un goût amer. En 1960, Israël kidnappait Eichmann puis le jugeait à Jérusalem pour son rôle dans l’organisation de la Shoah. Aujourd’hui, Netanyahu invite à Jérusalem des figures dont les partis ont été fondés par des admirateurs, voire des complices, d’Eichmann. Le cynisme de Netanyahu a, sur ce point, déjà été poussé très loin. Rappelons-nous que Netanyahu est dans les meilleurs termes avec Viktor Orban, dont le pouvoir a pourtant organisé de nombreuses sorties antisémites contre George Soros. Cette invitation contribuera à brouiller un peu plus la nature de l’extrême-droite. C’est pourquoi il nous faudra redoubler d’efforts face à l’extrême-droite et aux alliances de la haine qui se mettent en place par-delà les frontières. »