Le Sénat a adopté le mardi 18 février une proposition de loi du sénateur LR de l’Isère, Michel Savin, « visant à assurer le respect du principe de laïcité dans le sport ». Cette loi propose d’interdire le port de signes religieux, et notamment le voile, dans l’ensemble des compétitions sportives y compris au niveau amateur. Ces pratiques étaient, en réalité, déjà en vigueur en France dans le football et le basket-ball, conformément au choix des fédérations.
Ce débat avait été mis sous les feux des projecteurs au moment des Jeux olympiques. Ainsi, l’athlète française Sounkamba Sylla n’avait pu participer à la cérémonie d’ouverture qu’après avoir remplacé son voile par une casquette.
Désormais en attente d’examen à l’Assemblée nationale, cette proposition de loi prévoit également d’interdire le port de tenues susceptibles de « contrevenir » aux principes de « neutralité des services publics » et de laïcité dans les piscines municipales.
Loin d’être anodines, ces mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large de la droite et de l’extrême-droite visant à instrumentaliser le principe de laïcité à des fins d’excitation malveillante du débat public à l’endroit de femmes musulmanes voilées, ainsi désignées comme autant d’ennemies de l’intérieur.
Or, rappelons-le, la laïcité n’est pas un principe d’exclusion. Elle est au contraire fondée sur la fraternité puisqu’elle vise à éviter les confrontations religieuses. Elle est également fondée sur la liberté, celle d’exercer, de promouvoir, de rejeter ou de critiquer une religion. Elle est enfin fondée sur une égalité de traitement des citoyennes et des citoyens, qu’un État neutre considère indépendamment de leurs convictions religieuses ou philosophiques.
Loin d’assurer une quelconque « neutralité » du sport (la « neutralité » s’impose à l’Etat, pas aux citoyennes et aux citoyens), cette interdiction vise à le transformer en espace d’exclusion puisqu’elle pourrait amener certaines femmes à renoncer à une pratique sportive.
Il est particulièrement inquiétant que le gouvernement, par les voix de messieurs Bayrou, Darmanin et Retailleau, soutienne cette démarche. D’autant qu’ils le font en prétendant vouloir ainsi lutter contre le risque de radicalisation islamiste. Or, un rapport du ministère de l’Intérieur réalisé en 2022 avec un large panel de spécialistes et de fédérations concluait qu’il n’y a pas de « phénomène structurel, ni même significatif de radicalisation ou de communautarisme dans le sport. »
Nous appelons l’Assemblée nationale à rejeter cette proposition de loi et à défendre une vision républicaine d’une laïcité conforme à ses fondements historiques et juridiques. Il est temps de mettre un terme à l’instrumentalisation constante de la laïcité par des responsables politiques qui, poursuivant un agenda aux relents racistes et antimusulmans, en trahissent abominablement la lettre et l’esprit.