À propos des évènements à Sciences Po

Le mardi 12 mars, quelques dizaines d’étudiants réunis au sein du « Comité Palestine Sciences Po » ont occupé l’« Amphithéâtre Boutmy » de Sciences Po. Ils se mobilisaient dans le cadre d’une « journée de mobilisation universitaire européenne pour la Palestine ».

Dans ce cadre, une étudiante de l’Ecole a été initialement empêchée d’entrer au sein de l’amphithéâtre en se voyant affublée, selon plusieurs témoignages, du qualificatif de « sioniste ». Nous tenons à dire notre soutien à cette étudiante qui a, depuis, été plongée dans la tourmente.

Dans ce contexte, la question de l’antisémitisme a été abondamment soulevée. Si des versions se confrontent quant aux propos tenus et aux motivations qui ont conduit des individus à ne pas laisser entrer dans un premier temps une étudiante, quelques éléments méritent d’être soulevés.

Tout d’abord, l’étudiante empêchée d’entrer dans cet amphi a vécu cet empêchement comme un acte antisémite puisque, connue comme militante de l’UEJF, elle était aisément identifiable comme juive. Au regard de l’ambiance qui règne dans notre pays depuis le 7 octobre (date à partir de laquelle les actes de haine, et notamment antisémites, ont explosé), nous pourrions dire pudiquement que ce ressenti n’est pas sans fondement. Et quand bien même ce ressenti aurait été infondé, il méritait bien mieux que l’accusation de mensonge et de manipulation lancée contre cette étudiante.

Ensuite, l’accusation en « sionisme », que plusieurs témoins ont affirmé avoir entendue, est typique des logiques de disqualification de l’adversaire puisque le mot « sioniste » est ici manifestement utilisé, ce qu’il n’est pourtant pas, comme l’équivalence d’un soutien inconditionnel à la politique du gouvernement Netanyahu.

Par ailleurs, les évènements qui ont eu lieu à Sciences Po ont provoqué une séquence politique affligeante où de nombreux responsables politiques se sont offusqués de l’antisémitisme qui gangrénerait Sciences Po, et dont l’origine serait à chercher dans le wokisme qui aurait fait de cette institution son temple germanopratin. Peut-être y verrions-nous autre chose qu’une logique de pourrissement (l’extrême-droite et la droite) ou l’occasion saisie d’un plan de comm’ (la majorité) si ces responsables politiques avaient pris la peine d’exprimer un mot de soutien auprès de l’étudiante victime de l’ambiance délétère qui a régné mardi dernier à Sciences Po. En miroir, d’autres responsables politiques (une partie de la gauche) ont saisi l’occasion de se poser en pourfendeurs d’une accusation en antisémitisme présentée comme infondée, contribuant à plonger une étudiante dans une tempête de malveillances. Et ignorant souvent le désarroi depuis le 7 octobre de nombre d’étudiants juifs, dont une partie substantielle appartient à la gauche, qui subissent un insupportable climat de suspicion à l’endroit de leur personne ou de leurs positions.

Ces deux attitudes « polaires » sont lamentables, lorsque des responsables politiques se jettent sur une situation de tensions non pas pour analyser les conditions de son dépassement mais aux seules fins de bétonner « leur » camp, quel qu’en soit le coût.

Finalement, la séquence que nous avons vue à Sciences Po est grave car, en arrière-fond, elle est symptomatique d’une situation dans laquelle l’Autre n’existe pas. Etrange écho au drame qui se joue en ce moment au Proche-Orient entre Israël et la bande de Gaza.

Vouloir que les Palestiniens disposent enfin d’un Etat souverain ne devrait pas impliquer l’absence de toute considération pour la vie des Israéliens retenus en otage ou pour le sort de ceux qui ont été tués lors de l’attaque terroriste perpétrée par le Hamas le 7 octobre.

Vouloir qu’Israël puisse vivre en sécurité ne devrait pas impliquer l’absence de tout souci pour la vie des Palestiniens dont des dizaines de milliers ont perdu la vie du fait des bombardements meurtriers de Tsahal.

Que ces tendances soient à l’œuvre là-bas est une certitude. Mais, quelle que soit notre sensibilité – plutôt en faveur de la Palestine, plutôt en faveur d’Israël -, nous devrions ici le déplorer. Et non nous complaire dans la pensée que la pureté de son engagement dans tel ou tel camp (Israël ou la Palestine) serait corrélée au silence sur les victimes du camp d’en face, sauf pour expliquer que ces victimes-là sont victimes d’elles-mêmes ou de leur gouvernement. C’est aussi dans cette incapacité à exprimer – voire à ressentir – de l’empathie pour l’Autre que se niche le fondement du caractère délétère des débats relatifs au conflit qui se joue au Proche-Orient.

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