Hier, Libération et Mediapart ont révélé que Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, a décoré de la médaille de la sécurité intérieure trois policiers du Raid, malgré leur mise en examen pour violences volontaires avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner suite à des tirs de LBD (balles en caoutchouc) qui avaient coûté la vie à Mohamed Bendriss, 27 ans, dans la nuit du 1er au 2 juillet 2023 à Marseille. Cet évènement dramatique était survenu dans le contexte des révoltes urbaines qui secouèrent plusieurs villes françaises suite au meurtre du jeune Nahel Merzouk par un policier le 27 juin 2023 à Nanterre.
Une vidéo filmée par une riveraine avait révélé que ce père de famille avait été la cible de 5 tirs de LBD et de billes de plomb, alors qu’il circulait à scooter et ne présentait aucun danger pour les agents du Raid, alors retranchés dans des véhicules blindés. Une expertise collégiale rendue le 26 mars a confirmé que c’était bien un tir de LBD au thorax (2 des 5 tirs l’ayant atteint) qui avait causé l’arrêt cardiaque auquel succomberait Mohamed Bendriss.
Intervenue quelques jours après l’arrivée de Bruno Retailleau à la place Beauvau, la décoration de ces trois policiers pour « services particulièrement honorables » par un arrêté d’octobre 2024 – en dépit de leur mise en examen depuis le 10 août 2023 ! – est indigne et interroge quant au signal d’impunité envoyé par le ministre.
Alors que la gestion et les pratiques en matière de sécurité publique dans notre pays sont hélas traversées de racisme et de représentations héritées de la colonisation, cette décoration résonne comme une marque de mépris pour la vie des personnes noires, arabes et/ou issues de quartiers populaires.
Alors que la demande de justice et de dignité est plus forte que jamais, quelques jours après le meurtre islamophobe glaçant d’Aboubakar Cissé à la mosquée de La Grand-Combe, la réaction des autorités – si elle entend être à la hauteur de nos principes républicains – doit sans délais se traduire en actes contre le racisme qui défait notre société et, aussi, prendre sans ambages la forme d’une lutte contre les violences policières dont on sait qu’elles touchent de façon disproportionnée les jeunes hommes d’origine maghrébine, subsaharienne ou antillaise vivant dans des quartiers populaires.
A ce titre, SOS Racisme exige :
- le retrait des décorations indument décernées à ces 3 fonctionnaires par le ministre de l’Intérieur ;
- l’interdiction des armes dites « à létalité réduite » (LBD, tasers, grenades, …) qui font de la police française une des plus armées d’Europe et dont les usages disproportionnés – parfois mortels – émaillent régulièrement l’actualité ;
- la création d’une autorité indépendante du ministère de l’Intérieur, en lieu et place de l’IGPN, intégrant des civils, afin de lever toute suspicion du public concernant la partialité des enquêtes visant des policiers ;
- plus globalement, qu’il soit mis un terme à la surenchère confrontationnelle en matière de gestion de la sécurité publique et que de déploient des logiques ayant pour but la paix publique ;
- une enquête approfondie sur la réalité du racisme dans la Police et la Gendarmerie devant aboutir à des politiques publiques visant à l’exemplarité de ces corps de fonctionnaires et à l’amélioration des rapports police-population.
SOS Racisme réitère son soutien à la famille de Mohamed Bendriss, demeurera vigilante quant aux suites qui seront données par l’exécutif et est disponible pour accompagner – via son service juridique – toute victime de racisme et de violences policières.