Le monde connaît actuellement de profonde mutation, certains parlent de Révolutions arabes.
Le point de non retour fut atteint le 17 décembre dernier en Tunisie lorsqu’un simple vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi a décidé de s’immoler par le feu après s’être fait confisqué son étale car il ne détenait pas d’autorisation. Ce jeune homme au chômage a incarné cette jeunesse frustrée en manque de libertés que beaucoup pensaient jusqu’à aujourd’hui condamnée à vivre dans un système dictatorial verrouillé et corrompu.
Ce geste de désespoir fut le point de crispation qui déclencha un mouvement de contestation historique du régime de Ben Ali autour d’un mot d’ordre : « dégage ».
Les mouvements sociaux qui ont suivi on tour à tour fait tomber les régimes tunisiens, puis égyptiens, entrainant également par la suite le régime libyen et yéménite vers leur chute.
Malgré la montée de la pression sociale qui rendait la situation de plus en plus explosive dans les pays arabes, il y a encore quelques mois personne n’était en mesure d’imaginer que de tels changements seraient possibles dans un délai aussi court dans cette région du globe.
Une grande partie des observateurs internationaux considéraient que ces systèmes étaient immuables et que ces dictatures ne tomberaient jamais. Nous constatons aujourd’hui que cette analyse est complètement fausse et que lorsqu’un peuple tout entier se soulève pour prendre en main son avenir et sortir de l’oppression, la victoire est possible.
Pendant plusieurs longues années ces peuples ont été maintenus dans un silence forcé, dans ces régimes autocratiques tous les moyens étaient bons pour garder la population sous une pression constante. Dans ces régimes policiers : harcèlements, tortures, propagandes étaient monnaies courantes et ce dans le plus grand silence de la communauté internationale.
Les Etats démocratiques préféraient soutenir ces dictatures les imaginant comme les seuls remparts possibles aux islamistes. Assurément, ils avaient torts, bâillonner les opposants nourrissait les discours de haine et n’améliorait pas le sort des peuples sous leur joug.
Ces mouvements nous ont montré une toute autre réalité et donné un formidable espoir. Ces mouvements se sont développés pour un droit à la dignité, pour un droit à un avenir meilleur, pour enfin faire exploser cette chape de plomb qui règne dans de nombreux domaines de la vie de la Cité (liberté de pensée, libération des mœurs…).
Les opposants aux régimes en place montrent une vraie détermination, un courage, et une volonté de porter des valeurs progressistes bien loin des messages obscurantistes.
Ces mouvements se sont faits sur des revendications sociales et politiques démontrant ainsi qu’aucun peuple n’est condamné à vivre sous l’oppression d’un Etat policier et redonnant ainsi espoir à tous les militants démocrates de la planète, prouvant à tous que la fatalité n’existe pas et que lorsque l’on se mobilise pour une cause légitime elle ne peut qu’aboutir à la victoire.
La liberté, la démocratie sont parmi les valeurs fondatrices de SOS Racisme. Les combats pour le progressisme, la Démocratie et le droit à la dignité sont les piliers de notre organisation. Il est donc assez logique que notre organisation tente d’accompagner ces mutations profondes des sociétés arabes.
SOS Racisme a commencé dès le mois de janvier 2011 à se mobiliser sur ces enjeux, en prenant part aux mouvements de soutiens qui commençaient à émerger en France apportant quand il le fallait notre soutien logistique.
Dans un même temps, SOS Racisme a décidé de lancer un appel de soutien à la jeunesse du monde arabe réunissant autour de nous les principales organisations de jeunesses françaises. Il était primordial pour nous que ces mouvements de solidarité ne se cantonnent pas à un soutien des communautés concernées présentes en France et s’élargissent à l’ensemble des citoyens soucieux du respect des Droits de l’homme.
Dans la suite logique de cet appel SOS Racisme a pris l’initiative de monter une délégation pour la Tunisie. Le but premier était d’aller témoigner directement notre soutien aux acteurs de la révolution. Il était également essentiel pour SOS Racisme de comprendre les mécanismes qui avaient permis l’émergence de cette contestation dans toute sa complexité ainsi que toutes les problématiques liées à la transition démocratique.
Cette délégation de militants a donc eu la chance d’y rencontrer les principaux acteurs de la révolution tunisienne, organisations de la société civile, partis politiques, institutionnels issus de la révolution, structure syndicales, et citoyens indépendants. La période charnière dans laquelle cette délégation s’y est rendue était très particulière car il restait encore des mouvements de contestations importants auxquelles nous avons pris part et notamment l’occupation de la place de la Casbah de Tunis. A ce moment là Il fallait maintenir la pression par la rue afin de faire chuter les derniers restes d’un régime agonisant tentant de sauver ces derniers vestiges.
De retour à Paris, les militants de SOS Racisme ont décidé de donner des suites à ce voyage en Tunisie et faire de cette expérience un premier acte fort de notre engagement au cotés des peuples qui militent pour un avenir meilleur.
Partant du constat qu’il y avait trop peu d’initiatives en France sur cette question, il fut décidé que la meilleure manière d’accompagner ces révolutions était d’informer les citoyens français directement sur ce qui se passe de l’autre coté de la méditerranée.
C’est pour cette raison que SOS Racisme a organisé un premier Colloque intitulé « révolutions arabes l’enjeu démocratique » qui s’est déroulé le 30 avril 2011 à la Mairie du 14ème. Ce colloque a été articulé en deux axes, la matinée était consacrée à une analyse sur le « pourquoi des Révolutions ?», l’après midi était consacrée aux enjeux européens et aux nouvelles questions posées par ces grands changements.
Ce Colloque a été un moment fort d’analyse autour de spécialistes du monde arabe, d’acteurs des révolutions et de décideurs publics européens. Un grand nombre de citoyens se sont mobilisés pour cet événement. SOS Racisme a ainsi permis l’émergence de pistes de réflexion sur les relations diplomatiques et politiques à refonder avec cette partie du globe.
SOS Racisme a par ailleurs soutenu les migrants tunisiens en lutte à Paris.
SOS Racisme a également envoyé des représentants en Egypte et au Maroc pour parfaire son analyse de la situation.
SOS Racisme est actuellement mobilisée au cotés des syriens par le biais d’un appel signé par des personnalités du monde politique et intellectuel afin de mettre la pression sur les pouvoirs publics afin que les massacres cessent le plus rapidement possible.
SOS Racisme a toujours été par le passé aux cotés des peuples qui luttent pour le respect des libertés fondamentales et continuera à l’être dans l’avenir afin que les peuples puissent enfin être libérés de l’oppression qui pèsent sur eux.
B.Cueco